LES MONTS FAGARAS, L EST DES MARCHES DE HONGRIE PrintempsLa nuit o les cavaliers carlates l emport rent du peu qu il sache ou qu il ait pu savoir la pleine lune entrait dans le Scorpion, signe de sa naissance, et, comme anim e par la main de Dieu, son incandescence d coupait parfaitement la vall e alpine en ce qui tait lumi re et ce qui tait t n bres, et la lumi re clairait le chemin menant les d mons vers sa porte Si les chiens de guerre n avaient pas perdu leur route, le gar on n aurait jamais t d couvert, et la paix, l amour et le travail auraient b ni toute son existence Telle est la nature du destin dans un temps de chaos Mais quand le temps n est il pas chaos Et quand la guerre n est elle pas engendrement de monstres Et qui s che les larmes des sans noms, quand m me les saints et les martyrs reposent endormis dans leurs cryptes Un roi venait de mourir et, tels des chacals, des empereurs se disputaient son tr ne pour s emparer du butin Et si les empereurs se souciaient bien peu des tombes qu ils semaient dans leurs sillages, pourquoi leurs serviteurs auraient ils d s en pr occuper davantage La roue tourne, un jour en haut, un jour en bas , disent les sages, et il en tait ainsi de cette nuit l Il s appelait Mattias, il avait douze ans et il ignorait absolument tout des affaires de politique et d tat Il tait issu d une famille de forgerons saxons, transplant e par son grand p re migrant jusque dans une profonde vall e des Carpates et un village sans la moindre importance, sauf pour ceux qui l appelaient leur chez eux Mattias dormait pr s de l tre de la cuisine, et r vait de feu et d acier Il s veilla dans l obscurit pr c dant l aube, le coeur battant comme un oiseau farouche pi g dans sa poitrine Il enfila des bottes et un manteau de cuir marqu de br lures, et, silencieusement car ses deux soeurs et sa m re dormaient dans la pi ce c t , il prit du bois et ranima les tisons rose p le du foyer, pour que sa chaleur accueille les filles quand elles se l veraient Comme tous les premiers n s de sa lign e, Mattias tait forgeron Son but, aujourd hui, tait d achever la fabrication d une dague et cela l emplissait de joie, car quel gar on, s il le pouvait, ne fabriquerait pas de vraies armes Du coeur du foyer, il tira un brandon incandescent, sortit dans la cour l air mordant emplit ses poumons et il s arr ta Le monde alentour tait peint de noir et d argent par la lune Au dessus de la cr te des montagnes, des constellations tournaient dans leur sph re et il chercha leurs formes et les contempla travers la bu e de son souffle La Vierge, Le Bouvier, Cassiop e Plus bas sur les pentes, des stries brillantes marquaient la fourche du torrent et les p turages flottaient dans la brume l or e des for ts Dans la cour, la forge de son p re se dressait comme un temple d di quelque proph te inconnu et la lumi re des flammes qui jouaient sur ses pierres p les promettait magie et merveilles, et la fabrication de choses que personne n avait jamais faitesContrairement aux apparences, Tim Willocks n a pas chang de camp son r cit est r solument tourment , rudit et cr pusculaire Les batailles ressemblent de fascinantes boucheries, a pue le sang, la mort, la merde, et le lecteur est emport par une multitude de sc nes obs dantes, crites par le fils cach de James Ellroy et d Umberto Eco Christine Ferniot T l rama dujuinPort par une plume aussi intense que r aliste, La Religion de Tim Willocks nous entra ne dans les profondeurs d un univers sauvage, fourbe et rotique Et renouvelle le genre du roman historique Tim Willocks a r ussi son coup le lecteur est captiv Il n a d autre chappatoire que d avancer entre les lignes sinueuses de ce roman fleuvepages Mais son criture vacillant entre un Alexandre Dumas et un Umberto Eco ferait presque oublier la longueur James Ellroy avait donc raison de dire qu il s agissait l d un roman superbement ma tris C est une certitude Tim Willocks est bien le nouveau ma tre du roman historique Suliane Favennec Le Point dujanvierCe texte fait r f rence l dition Broch